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4. Je ne suis pas un expert, mais j’ai envie d’y croire

2026-05-28·7 min de lecture
4. Je ne suis pas un expert, mais j’ai envie d’y croire

Un article personnel sur le fait d’oser se lancer comme indépendant sans prétendre avoir déjà tout compris. Il parle de l’expérience acquise après quatre ans en entreprise, du rêve qu’on s’interdit parfois d’avoir, du syndrome de l’imposteur, de la peur de perdre une sécurité, du regard des proches, de l’importance parfois trop grande donnée aux diplômes en Suisse, et de l’envie de prouver qu’un médiamaticien avec un CFC peut aussi construire quelque chose de solide et vivre de sa passion.

Je ne suis pas un expert, mais j’ai envie d’y croire

Se lancer dans un projet d’indépendant, ce n’est pas forcément partir avec toutes les réponses. Ce n’est pas forcément avoir un plan parfait, une clientèle déjà construite, une stratégie millimétrée ou une confiance absolue en soi.

Pour moi, c’est plutôt accepter d’avancer vers quelque chose d’inconnu, avec des doutes, des questions, mais aussi une vraie envie d’y croire.

Je ne me présente pas comme un expert qui a tout compris. Je suis encore en train d’apprendre, de tester, de construire, de me tromper parfois, de recommencer souvent. Mais justement, c’est peut-être ça qui rend ce projet important à mes yeux. Il ne part pas d’une certitude. Il part d’une envie profonde : créer quelque chose qui me ressemble.

Depuis maintenant quatre ans, j’ai la chance d’évoluer dans une super entreprise. Une entreprise dans laquelle j’ai pu apprendre énormément, autant sur mon métier que sur moi-même. J’y ai développé des compétences techniques, bien sûr, mais pas seulement. J’ai aussi appris à gérer des projets, à collaborer avec différentes personnes, à mieux comprendre les besoins, à trouver des solutions, à m’adapter, à prendre des responsabilités et à gagner en confiance.

Ces années m’ont beaucoup apporté. Elles m’ont permis de progresser, de toucher à plusieurs domaines, de mieux comprendre ce que j’aime faire et ce qui me motive vraiment. Elles m’ont aussi montré que le travail, ce n’est pas seulement une liste de tâches à accomplir. C’est un environnement, des rencontres, des défis, des périodes plus simples et d’autres plus compliquées.

Parce que oui, même dans une bonne entreprise, même avec une certaine sécurité, il y a des hauts et des bas. Il y a des moments où tout avance bien, où l’on se sent à sa place, où l’on voit concrètement le résultat de ce que l’on construit. Et puis il y a aussi des périodes de doute, de fatigue, de remise en question, parfois même de frustration.

Mais avec le recul, je crois que ces moments-là sont importants. Ils forgent. Ils obligent à se poser les bonnes questions. Ils nous montrent ce que l’on veut continuer à faire, ce que l’on veut changer, ce que l’on ne veut plus forcément accepter, et surtout la direction vers laquelle on a envie d’aller.

Et au fond, cette envie d’indépendance, je crois qu’elle n’arrive pas de nulle part.

J’ai l’impression que ce rêve a toujours été là, quelque part. Peut-être pas toujours de manière claire. Peut-être pas avec les bons mots, ni avec un plan précis. Mais cette envie de créer quelque chose à moi, de pouvoir choisir mes projets, mon rythme, ma façon de travailler, elle a toujours existé.

Le problème, c’est que je me suis souvent interdit de rêver trop grand.

Je me suis parfois dit que ce n’était pas pour moi. Que c’était réservé aux autres. À ceux qui ont déjà un réseau énorme, une confiance naturelle, une grosse expérience, une idée révolutionnaire ou une sécurité financière beaucoup plus solide. Je me suis souvent freiné avant même d’avoir vraiment commencé, simplement parce que le rêve semblait trop grand, trop risqué ou trop loin de ma réalité.

Et pourtant, plus le temps passe, plus je me rends compte que s’interdire de rêver, c’est aussi une manière de se protéger. On évite la déception. On évite le regard des autres. On évite de devoir expliquer pourquoi on veut tenter quelque chose de différent.

Mais à force de vouloir rester raisonnable, on peut aussi finir par s’éloigner de ce qui nous anime vraiment.

Aujourd’hui, cette direction me pousse vers l’indépendance.

Pas parce que je pense que ce sera plus simple. Pas parce que je crois que tout sera magique une fois à mon compte. Au contraire, je sais très bien que se lancer, c’est aussi perdre une forme de sécurité. C’est accepter de ne plus avoir le même cadre, la même stabilité, les mêmes repères. C’est devoir chercher ses clients, apprendre à se vendre, gérer son image, son temps, ses projets, ses finances, ses réussites comme ses erreurs.

Et forcément, ça fait peur.

Ça fait peur à soi-même, déjà. Mais ça peut aussi faire peur aux personnes autour de nous. Quand on parle d’indépendance, de changement de vie, de projet personnel ou d’envie de sortir d’un cadre plus classique, les réactions ne sont pas toujours simples à recevoir.

Certaines personnes vont poser beaucoup de questions. D’autres vont pointer les risques. Certaines vont parler de sécurité, d’argent, de stabilité, de retraite, de clients, de charges, d’échec possible. Sur le moment, on peut parfois avoir l’impression qu’elles essaient de nous freiner.

Mais je crois que ce n’est pas toujours le cas.

Souvent, les gens qui s’inquiètent ne le font pas parce qu’ils ne croient pas en nous. Ils le font parce qu’ils tiennent à nous. Parce qu’ils ont peur que l’on souffre, que l’on perde une stabilité, que l’on se retrouve dans une situation compliquée, que l’on soit déçu ou que l’on prenne un risque trop grand.

Leur peur ne veut pas forcément dire que notre projet est mauvais. Elle veut simplement dire qu’ils regardent notre choix avec leurs propres repères, leur propre expérience, leur propre rapport à la sécurité. Et c’est normal. Tout le monde n’a pas la même tolérance au risque, ni la même vision du travail, de la liberté ou de la réussite.

Je crois qu’il faut apprendre à écouter ces inquiétudes sans forcément les laisser décider à notre place. Certaines remarques peuvent être utiles. Elles peuvent nous obliger à mieux préparer notre projet, à être plus lucide, à poser des bases plus solides. Mais elles ne doivent pas étouffer complètement l’envie de tenter.

Parce qu’au final, personne ne peut vraiment vivre ce choix à notre place.

Il y a aussi cette peur de ne pas être assez bon. De ne pas être assez légitime. De ne pas avoir assez d’expérience. De se demander pourquoi quelqu’un ferait appel à nous plutôt qu’à une autre personne. C’est là que le syndrome de l’imposteur arrive assez vite.

Ce sentiment de ne jamais être totalement prêt. De voir tout ce qu’il reste à apprendre plutôt que tout ce que l’on sait déjà faire. De comparer son parcours à celui des autres. De regarder des développeurs, des designers, des freelances ou des entrepreneurs déjà bien installés et se dire : “Moi, je n’en suis pas encore là.”

Mais peut-être que le problème est justement là. On attend trop souvent d’être “assez”. Assez compétent. Assez prêt. Assez reconnu. Assez sûr de soi. On attend le bon moment, le bon niveau, le bon projet, le bon signe.

Sauf que le moment parfait n’arrive probablement jamais.

Il y a aussi un autre point qui me travaille depuis quelque temps.

En Suisse, j’ai parfois l’impression que les papiers, les titres et les diplômes prennent énormément de place. Peut-être même parfois plus que les compétences réelles, l’envie d’apprendre, la curiosité, la capacité à créer ou le courage de tenter des choses.

Je ne dis pas que les diplômes ne servent à rien. Au contraire, ils ont leur importance, ils montrent un parcours, une base, un engagement. Mais je crois aussi qu’ils ne devraient pas être la seule manière de mesurer la valeur d’une personne.

Dans mon cas, je suis médiamaticien avec un CFC. Et pendant longtemps, j’ai peut-être moi-même laissé ce regard-là me limiter. Comme si, parce que je n’avais pas forcément le “bon” papier ou le “bon” titre, je devais rester à ma place. Comme si certaines ambitions étaient réservées à d’autres profils, à d’autres parcours, à des personnes plus légitimes sur le papier.

Mais avec le temps, les projets, les réussites, les échecs aussi, j’ai commencé à voir les choses autrement.

J’ai compris que les compétences ne se construisent pas uniquement dans une salle de classe ou sur un diplôme. Elles se construisent aussi en faisant. En testant. En se trompant. En passant des soirées à chercher pourquoi quelque chose ne fonctionne pas. En recommençant un projet depuis zéro. En apprenant une nouvelle technologie parce qu’on en a besoin. En osant dire oui à un défi alors qu’on ne maîtrise pas encore tout.

Certains échecs m’ont fait mal, c’est vrai. Certains moments m’ont fait douter de ma place, de mon niveau, de ma légitimité. Mais aujourd’hui, j’ai envie d’utiliser tout ça comme une force.

J’ai envie de sortir de cette idée que l’on doit forcément rentrer dans une case pour avoir le droit d’essayer. J’ai envie de prouver, d’abord à moi-même, mais aussi aux autres, qu’un simple médiamaticien avec un CFC peut construire quelque chose de solide. Qu’il peut créer, entreprendre, apprendre, évoluer, se tromper, recommencer et, pourquoi pas, vivre de sa passion.

Ce n’est pas une revanche dans le mauvais sens du terme. Ce n’est pas une envie de prouver que les autres ont tort juste par ego. C’est plutôt une envie de montrer qu’il existe plusieurs chemins. Que la valeur d’une personne ne se résume pas à une ligne sur un CV. Que l’envie, le travail, la régularité, la créativité et la capacité à évoluer peuvent aussi ouvrir des portes.

Et peut-être que c’est aussi ça qui me pousse vers l’indépendance.

L’envie de ne plus attendre qu’on me donne entièrement le droit d’être légitime. L’envie de construire cette légitimité moi-même, projet après projet.

Je crois qu’à un moment donné, il faut accepter de commencer avec ce que l’on a. Avec son expérience, ses compétences, ses limites, ses peurs, mais aussi avec son envie. Parce que l’envie, quand elle est sincère, peut devenir un moteur énorme.

Mon objectif n’est pas de me vendre comme quelqu’un qui sait tout faire. Mon objectif, c’est de construire progressivement une activité autour de ce que j’aime : créer des sites, développer des expériences web, imaginer des projets, aider des personnes ou des entreprises à donner vie à leurs idées, apprendre de nouvelles technologies, améliorer mes compétences et avancer projet après projet.

J’ai envie de créer des choses utiles, mais aussi des choses qui ont une identité. Des sites qui ne sont pas juste là pour exister, mais qui racontent quelque chose. Des projets qui mélangent technique, design, contenu, expérience utilisateur et parfois même 3D ou animation. J’ai envie d’explorer, de tester, de sortir du cadre quand c’est possible.

Et surtout, j’ai envie de voir jusqu’où je peux aller.

Se lancer comme indépendant, pour moi, ce n’est pas une arrivée. Ce n’est pas la preuve que j’ai déjà réussi. C’est plutôt le début d’un chemin. Un chemin qui sera sûrement imparfait, parfois instable, parfois difficile, mais aussi très formateur.

Je sais qu’il y aura des erreurs. Des moments où je douterai. Des projets qui ne se passeront pas exactement comme prévu. Des périodes où il faudra s’accrocher. Mais je sais aussi que rester dans sa zone de confort uniquement par peur peut devenir frustrant.

Alors aujourd’hui, j’ai envie d’essayer.

Pas en oubliant ce que j’ai appris ces dernières années, mais justement en m’appuyant dessus. Mon expérience en entreprise m’a donné des bases solides, des compétences, une meilleure compréhension du monde professionnel et une confiance que je n’avais pas forcément au départ. Elle m’a aussi permis de mieux comprendre ce que je veux construire pour la suite.

Je ne pars pas avec la prétention de tout maîtriser. Je pars avec mon parcours, mes expériences, mes doutes, mes échecs, mes compétences, mes envies et cette impression qu’il est temps d’essayer vraiment.

Je ne veux pas attendre d’avoir le titre parfait, le parcours parfait ou la validation parfaite pour commencer. Je veux apprendre en avançant. Je veux créer. Je veux construire. Je veux me donner une vraie chance.

Parce qu’au fond, croire en son projet, ce n’est pas être sûr que tout va fonctionner.

C’est accepter l’inconnu, tout en se disant que ça vaut la peine d’essayer.

Et aujourd’hui, c’est exactement là où j’en suis : je ne suis pas un expert, je n’ai pas toutes les réponses, je ne viens pas d’un parcours parfait sur le papier, mais j’ai envie d’y croire.

Et peut-être que c’est déjà une bonne raison de commencer.